Villes et territoires durables : comment lutter contre l’artificialisation des sols ?

artificialisation des sols

“Artificialiser un sol, c’est transformer des terrains de pleine terre en terrains à construire, en infrastructures ou en espaces artificiels.”


L’on pourrait penser que les terrains individuels à construire ont un faible impact en termes d’environnement et de biodiversité : il n’en est rien. Car la simple présence de l’Homme et son interaction avec un site naturel contribue à affecter ce site et à le dégrader. Ainsi, à l’heure où la préservation des écosystèmes et de la biodiversité est un enjeu majoritaire dans la lutte contre le réchauffement climatique, prendre des mesures contre l’étalement urbain effréné et donc l’artificialisation des sols est prioritaire. Il s’agit d’adapter nos villes aux changements climatiques notamment en réduisant la bétonisation et en favorisant la rénovation à la construction en milieux urbains et péri-urbains. En route vers la smart city !

Quelques données sur l’artificialisation des sols en France

Malgré une diminution des surfaces artificialisées ces dernières années puis une relative stagnation, le flux d’artificialisation des sols reste bien supérieur à la croissance démographique (x4 en moyenne !). Rapporté à la population, la France compte d’ailleurs 15 % de surfaces artificialisées de plus que l’Allemagne et 57 % de plus que le Royaume-Uni, rien que ça… Ainsi, l’artificialisation des sols continue de progresser rapidement : près de 2 300 km² tous les dix ans (l’équivalent du département des Yvelines) et +8,5 % par an. L’habitat, enfin, représente à lui seul 2/3 du rythme d’étalement urbain chaque année.

Pourquoi s’atteler à lutter contre l’artificialisation des sols ?

Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler que l’artificialisation des sols est responsable à elle seule à environ 50 % de l’extinction de la biodiversité mondiale, loin devant la pollution (6 % “seulement”). S’employer à limiter l’étalement urbain, c’est donc lutter contre la destruction d’écosystèmes végétaux et animaux entiers mais aussi assurer la survie de l’espèce humaine tout entière, fortement dépendante d’une biodiversité riche et stable. Préserver la nature, c’est aussi permettre un meilleur traitement du CO2 et donc lutter contre les émissions néfastes de gaz à effet de serre.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, lutter contre l’artificialisation des sols est également bénéfique à la ville en elle-même. En se concentrant sur le renouvellement de l’existant, on dépense certes davantage de ressources financières mais on permet à la ville d’être moins énergivore et plus adaptable. On limite également la vacance de logements ainsi que la perte d’attractivité des centres urbains et la fracture sociale qui en découle.

Les autres bénéfices de la limitation de l’artificialisation des sols ? Les voici :

  • Permettre aux citadins d’être moins dépendants des moyens de transports individuels et polluants en limitant l’étalement urbain.
  • Rendre la ville moins dépendante en matière de production alimentaire. L’agriculture urbaine compte effectivement comme l’un des leviers phares en matière de durabilité et de résilience urbaine.
  • Réduire les risques d’inondation du fait de la conservation de la capacité du sol à absorber l’eau. A l’heure où le niveau de la mer augmente et où les inondations dramatiques se multiplient, réduire les surfaces bétonnées et donc les phénomènes de ruissellement pourrait aider à limiter ces problèmes, à défaut de les solutionner.

On se rend rapidement compte qu’un urbanisme plus responsable et concentré sur l’existant est loin d’être anecdotique. Bien au contraire, il s’agirait-là de l’un des vecteurs essentiels de transformation positive au sein de la smart city.

Lutter contre l’artificialisation des sols, un des objectifs de la loi Climat et Résilience

Peut-être en avez-vous déjà entendu parler et pour cause, la loi Climat et Résilience a été publiée au Journal Officiel le 24 août 2021. Cette loi de prime abord ambitieuse est issue de la Convention Citoyenne pour le Climat et traduit la volonté du gouvernement d’ancrer l’écologie au cœur du quotidien des Français et des territoires. La lutte contre l’artificialisation des sols tient une place prépondérante dans le volet des mesures annoncées…

Jusqu’au “0 artificialisation nette” d’ici à 2050

L’objectif majoritaire de la loi Climat et Résilience en matière d’étalement urbain est de diviser par deux le rythme d’artificialisation des sols d’ici à 2030 dans un objectif de 0 artificialisation nette (ZAN*) pour 2050. Pour atteindre cet objectif, des mesures concrètes seront implémentées d’ici à 2028 :

  • Interdiction de bétonisation sur des terres naturelles pour un centre commercial (dérogations permises entre 3 000 et 10 000 m² qui seront étudiées au sein d’une commission nationale, selon l’article 52 de la loi).
  • Définition de zones d’implantation spécifiques pour la construction d’entrepôts en zones péri-urbaines (article 52 bis).
  • Définition de surfaces d’aires protégées (qui ne pourront pas diminuer) sur la base de données scientifiques.
  • Rédaction d’un rapport annuel d’artificialisation à l’échelle de la commune.
  • Etude systématique du potentiel de réversibilité d’un bâtiment avant sa démolition ou sa construction.

La plupart de ces mesures avaient déjà été évoquées sans être légalement obligatoires. D’autres sont également tirées de la Convention Citoyenne pour le climat. Afin de cadrer les mesures contre l’artificialisation des sols, des documents de planification communaux et régionaux devront également intégrer toute cette notion de sobriété foncière, à l’instar du SRADDET : Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires.


* Pour mieux comprendre, précisons que la notion de ZAN a été pour la première fois mentionnée dans le Plan Biodiversité de 2018 et implique non pas de ne plus artificialiser mais de réduire drastiquement le flux tout en compensant ladite artificialisation. Il s’agit par exemple de désimperméabiliser les sols, de réhabiliter toutes les friches qui peuvent l’être et d’entamer d’ambitieux projets de renouvellement urbain.


En somme, lutter contre l’artificialisation des sols c’est se tourner vers un mode d’urbanisation plus vigilant et plus responsable, basé sur l’étude concrète de données environnementales à l’échelle de chaque commune. Si vous souhaitez obtenir plus d’informations à ce sujet, nous vous invitons à vous rendre sur le portail officiel de l’artificialisation des sols.