Quels sont les territoires pionniers en matière d’agriculture urbaine ?

villes et agriculture urbaine

Par opposition à l’agriculture intensive et effrénée – ayant tendance à s’approprier les espaces naturels et à déséquilibrer les écosystèmes animaux et végétaux – l’agriculture urbaine a pour vocation à réconcilier urbanisme et agriculture. Il s’agit de se réapproprier les espaces urbanisés pour les rendre plus respectueux de l’environnement et d’adapter notre manière de consommer. En cela, de nombreux territoires excellent, en France comme à l’international. Quelles sont les villes pionnières en matière d’agriculture urbaine ? Comment décrire cet engagement et quelles formes prend-il ? Quelques réponses.

Quelques exemples notables de pionniers en agriculture urbaine

Le Canada, laboratoire de l’agriculture urbaine

Parmi les premiers territoires ayant vu naître et ayant développé l’agriculture urbaine, on retrouve le Canada, d’ailleurs considéré comme le “laboratoire de l’agriculture urbaine”. Montréal, Vancouver sont notamment deux des pionnières en la matière.

A Vancouver, l’initiative Sole Food Street Farms a permis de transformer de nombreux hectares urbains en terres cultivables : c’est actuellement l’une des plus grandes fermes urbaines d’Amérique du Nord, avec déjà près de 40 tonnes de produits cultivés déjà en 2015. Ces fermes jouent également un rôle fort en matière de mixité urbaine et de développement économique dans le Downtown Eastside, un quartier prioritaire. Quant aux produits cultivés, ceux-ci sont reversés aux agences de quartier ainsi qu’à des restaurants et marchés locaux.

A Montréal, c’est l’entreprise d’agriculture urbaine Lufa Farms qui se distingue. Avec près de 4 000 clients livrés chaque semaine, l’entité fait d’ailleurs office de véritable “moteur alimentaire local” !

Le Japon

Outre le Canada, d’autres pays dans leur globalité se distinguent par leurs initiatives en matière d’agriculture urbaine. Au Japon notamment, ce mode de culture représente déjà plus d’un tiers de toute la production agricole du pays. Tokyo seulement, compte plus de 550 fermes urbaines, dont la plupart sont historiques. Quant au pays, il promeut depuis 2009 le développement de fermes urbaines verticalisées ultra-modernes, destinées à positionner le Japon comme un leader en la matière. Plus de 300 fermes urbaines verticalisées étaient déjà présentes sur le territoire en 2017.

L’agriculture urbaine au Sénégal

En Afrique, la place de l’agriculture urbaine est tout aussi prépondérante. Elle a d’ailleurs accompagné le développement urbain et est donc majoritairement intégrée dans les mœurs.

A Dakar, l’agriculture péri-urbaine assure 70 % de la demande en légumes de la ville et la production de salades en ville est devenue commerciale en l’espace de 20 ans seulement. Enfin, la production avicole de Dakar représente presque 33 % de la production nationale.

Les enjeux toutefois, diffèrent quelque peu de ceux du Nord, la dimension nourricière primant souvent sur les objectifs d’insertion sociale ou économique du fait de la présence d’une certaine insécurité alimentaire et de crises agricoles récurrentes.

Il est aussi utile de rappeler que ces taux élevés s’expliquent du fait de la nature des produits : denrées périssables, énormément consommées. Ça rapporte beaucoup par unité de surface, à la différence des autres produits qu’il est nécessaire de stocker puis de transporter…

Pourquoi les territoires s’engagent-ils pour l’agriculture urbaine ?

A l’origine du développement de l’agriculture urbaine, on trouve de nombreuses raisons, les principales étant :

  • Palier le phénomène d’artificialisation des terres et favoriser la transition alimentaire (plus sain, plus durable).
  • Eviter les dépendances alimentaires et favoriser la résilience urbaine,
  • Lutter contre la précarité alimentaire
  • Faire la chasse aux parcelles inoccupées. Cela a également une vocation économique : ça permet en partie de redynamiser des quartiers voire des communes entières !

Le secteur alimentaire regroupe 50 % du travail humain et est à l’origine de près de 30 % des émissions de GES dans le monde. Miser sur une agriculture urbaine, c’est donc faire le choix d’une consommation plus raisonnée qui permette de renforcer l’engagement des métropoles pour la transition écologique.

L’agriculture urbaine, une activité aux mille facettes

Qu’on se le dise : il n’existe pas une mais plusieurs agricultures urbaines. Leur point commun ? L’innovation. On parle bien d’une série d’innovations qui contribuent à la végétalisation et à la production de denrées alimentaires au sein des espaces urbains.

L’agriculture urbaine, c’est d’abord un type de culture. Viticulture, élevage d’animaux de ferme en ville, myciculture (champignons), l’apiculture ou encore l’algoculture (algues) urbaine.

L’agriculture urbaine, c’est aussi un lieu, associé à une méthode. On ne cultive pas des végétaux partout de la même façon, dans les mêmes conditions (éclairage naturel ou non, présence d’eau, de terre…). Jardins partagés, toitures, mais aussi caves, garages et parkings peuvent servir de base à des projets innovants d’agriculture urbaine, de nature différente. Depuis quelques années, on voit donc émerger plusieurs modes de culture adaptés à ces environnements parfois précaires :

  • L’aquaponie (élevage de végétaux avec des poissons d’eau douce),
  • L’hydroponie (culture hors-sol dans des bacs),
  • L’aéroponie. Cette dernière est une sorte d’hydroponie dans laquelle les racines des végétaux sont suspendues. Leur croissance est générée par la vaporisation très régulière d’eau sur les racines.

Ainsi, chaque territoire est finalement un terrain d’expérimentation unique, régit par ses propres caractéristiques.

Agriculture urbaine : la recherche d’un nouveau système alimentaire se heurte à des obstacles

Il existe encore aujourd’hui de nombreux freins au développement massif de l’agriculture urbaine.

Les politiques urbaines notamment, sont souvent mal structurées. La ville peine à se donner les moyens financiers et/ou humains nécessaires à l’implémentation de projets innovants. Parfois, certains projets liés eux aussi à la transition écologique entrent en conflit avec ceux d’une végétalisation urbaine. Mieux vaut-il installer des panneaux solaires ou des espaces de culture sur cette toiture ?

La problématique de rendement quant à elle longtemps évoquée est toujours d’actualité mais semble aujourd’hui secondaire : selon la FAO, une parcelle d’agriculture urbaine serait jusqu’à 15 fois plus productive qu’une parcelle agricole traditionnelle du fait de son espace réduit et de sa gestion fortement optimisée (transport, conditionnement, stockage…).

Enfin, le manque d’espace représente aujourd’hui le facteur majoritaire. A Paris, on estime qu’il faudrait mettre en culture près de 11 000 hectares pour pouvoir toucher du doigt l’autosuffisance alimentaire, malgré la productivité avérée des parcelles urbaines et péri-urbaines.


Du côté des entreprises d’agriculture urbaine, les obstacles à l’implémentation sont autres : difficultés de recrutement, coût de l’installation ou encore du foncier… On estime qu’en France, près de 80 % d’entre elles échouent dans leur projet en partie pour les raisons évoquées. Celles-ci peuvent toutefois compter sur le soutien du gouvernement et des collectivités. Quelques pistes émergent progressivement, pour leur permettre d’être pérennes à l’avenir :

  • Favoriser la rencontre entre propriétaires fonciers et porteurs de projets agricoles à impact positif (dispositifs de veille et d’acquisition foncière)
  • Miser sur un zonage stable, qui permettrait de développer des projets d’ampleur sur le long terme.
  • Développer des programmes de remise en culture des terres agricoles en friche, de mise à disposition d’espaces dédiés pour les porteurs de projets.

Des projets d’aménagement écologiques qui ne font parfois par l’unanimité…

Il va de soi que les projets d’agriculture urbaine et d’écoquartiers au sens large comptent parfois quelques détracteurs. Et, là où la victoire environnementale est mise en avant par la ville, le rapport réel de ces projets avec les espaces territoriaux crée parfois le débat voire l’opposition. Prenons comme exemple celui de l’Eco Cité des Maraîchers à Dijon, dont la construction a été avortée en 2019 du fait d’une mobilisation de près de 10 ans par des opposants de la ville. La construction de l’éco quartier menaçait effectivement d’engloutir les dernières terres maraîchères de la ville, près de 9 hectares… Ainsi, là où la commune prône la recherche d’un système alimentaire durable et un sauvetage de terres à vocation d’artificialisation, d’autres s’interrogent sur le sens de la politique conduite par la ville.

S’il existe bien entendu des territoires pionniers en matière d’agriculture urbaine, il est important de souligner que la plupart des métropoles ont pris le train en marche et œuvrent pour une agriculture plus durable. Pour plus d’infos sur les initiatives des métropoles notamment françaises, nous vous invitons à consulter le document Villes, agriculture et alimentation : Expériences Françaises.