Ville du futur : a quoi ressemblera t-elle ?

,Imaginer la ville du futur, c’est s’atteler à résoudre de multiples problématiques corrélées. Celle de la pollution, atmosphérique et urbaine, celle des ressources, en données, en eau, en énergie et en nourriture. Celle aussi de l’habitat, un secteur en constante mutation. La ville du futur se veut un modèle intelligent associant à la perfection l’Homme avec la nature et l’Homme avec l’Homme, sorte de smart city : une idée qui fait rêver. S’il est impossible de prévoir avec certitude comment sera la ville du futur, l’on peut tout de même se risquer à quelques suppositions, sur la base des projets urbains écologiques actuels.

Ville du futur

La ville du futur sera-t-elle autosuffisante ?

L’autosuffisance est l’un des grands enjeux de la ville idéale du futur, tout simplement parce que, qu’elle soit énergétique, alimentaire ou encore en eau, elle permet à la ville d’atteindre un niveau de résilience supplémentaire. Produisant les denrées qui lui sont directement nécessaires, la ville parvient à éviter toute situation de pénurie alimentaire ou énergétique. Il s’agit également de réduire l’empreinte carbone relative au transport et à la transformation des marchandises vers les espaces urbains, de réduire les coûts de production et de sensibiliser tout un chacun à la place de la nature, au sens large. Parcourons cette thématique ensemble.

Autosuffisance alimentaire : une douce utopie ?

Saviez-vous que dans une ville comme Paris, les experts estiment à 3 jours seulement l’autonomie alimentaire de la population ? Dans les années 30, 80% des aliments nécessaires à la population provenaient pourtant de la proche banlieue parisienne. Qui eut cru que la ville du futur 2050 serait si similaire à celle du passé… Car l’enjeu est bien aujourd’hui de rééquilibrer le schéma entre villes et campagnes et de permettre aux espaces urbains et périurbains d’accueillir de nouveau des emplacements suffisants de culture.

Objectif : produire ses propres ressources en circuit court pour atteindre un degré d’autosuffisance, mais pas que. Il s’agit également de répondre aux enjeux climatiques en permettant la régénération de l’air urbain et des sols, limitant la pollution tout en gardant la main sur l’aspect sanitaire de la production puisque la traçabilité des aliments est désormais mieux maîtrisée.

Une douce utopie pour certains, un idéal à atteindre pas forcément délirant pour d’autres. A l’heure actuelle, terrasses, toits et balcons servent déjà à implémenter des espaces de culture, des ruches ou des jardins partagés un peu partout en France et notamment en région parisienne. Les cultures hors sol se multiplient sur la base de solutions telles que l’aquaponie ou l’hydroponie.

Notons qu’en Ile-de-France, 73 hectares de terre sont déjà cultivés en milieu urbain, parfois même au sein de parkings souterrains. Dans Paris même, on dénombre pas moins de 70 exploitations agricoles à l’image de La Caverne, une ferme urbaine BIO située dans le 18-ème arrondissement. On peut aussi citer l’exemple de la ferme urbaine lyonnaise : 1000 m² dédiés aux cultures de fruits et légumes en plein cœur de la ville, une ferme qui est également connectée pour permettre l’optimisation des cultures.

Des initiatives encourageantes ! Même si l’on est encore loin de l’autosuffisance alimentaire, celles-ci ont le mérite de prouver qu’il existe des modèles reproductibles qui fonctionnent en la matière.

Des obstacles réels à contourner

Il est important de noter que certaines contraintes subsistent quant à l’atteinte d’une autosuffisance alimentaire. Certains citent le manque d’espace comme principale problématique : les espaces urbains et périurbains sont parfois tout simplement insuffisants pour assurer à la ville du futur écologique de subsister sur ses propres ressources.

A la problématique de l’espace vient s’ajouter celle des ressources financières. Cela demande effectivement un investissement important et une politique urbaine foncièrement écologique pour développer cette activité, parfois à la place de certaines autres. Il faut également disposer du foncier agricole nécessaire à une autosuffisance alimentaire. Si l’autosuffisance alimentaire est souhaitable, elle n’en est donc pas forcément atteignable du moins par pour tous les territoires et pas pour l’instant. C’est l’un des enjeux de la ville du futur.

L’autosuffisance énergétique pour la ville du futur

Atteindre l’autosuffisance énergétique, c’est produire assez d’énergie pour répondre aux besoins de ses habitants. Dans une dynamique environnementale, l’avantage de maîtriser ses dépenses énergétiques est certain. Mais il s’agit également de garantir aux usagers un meilleur coût de l’électricité, notamment.

A l’échelle d’une ville, atteindre un tel degré de maîtrise relève de la véritable prouesse et l’on peut acter que l’autosuffisance énergétique n’est pas encore vraiment d’actualité. Il existe pourtant à l’heure actuelle de multiples leviers d’action qui permettent d’en prendre la voie. De nombreuses communes se fixent d’ailleurs déjà des objectifs ambitieux d’autosuffisance énergétique et semblent se donner les moyens réels de les atteindre.

Plusieurs moyens pour cela :

  • L’implémentation de sources de production d’énergies renouvelables. Les panneaux solaires sur les bâtiments publics et privés ont sans aucun doute vocation à se multiplier en ville et autour de sorte de répondre à la majorité des besoins énergétiques de leur environnement direct. Parcs éoliens et centrales biomasses feront aussi certainement partie du panorama énergétique de la ville du futur.
  • A l’échelle de l’habitat individuel, très énergivore, les équipements à base d’énergies renouvelables devraient être généralisés par le biais de subventions aux habitants dans les logements déjà construits et réglementés pour toute construction neuve, une impulsion déjà notable dans la plupart des villes en France. Soulignons que la construction de bâtiments bioclimatiques sera indispensable pour diminuer les besoins énergétiques des usagers et permettant aux énergies renouvelables d’absorber les besoins restants.
  • A l’échelle de la ville, la généralisation de réseaux de distribution intelligents ou smart grid sera sans conteste indispensable. Le recueil intelligent de la donnée privée et publique en matière d’énergie et son traitement permettra une meilleure attribution de l’énergie aux ménages en fonction de leurs besoins réels.

Réemploi de la ressource : jusqu’au CO2 ?

Selon l’OMS, 91% de la population mondiale respire un air fortement pollué. Et cela n’a pas vocation à s’atténuer. Parlant de la ville du futur, certains experts avancent qu’il sera indispensable qu’elle se base sur un réemploi intelligent du CO2, une hypothèse qui s’appuie sur des technologies déjà existantes.

Parmi les initiatives actuelles, celle de puits de carbone, constitués de cultures de microalgues et reliés au réseau d’assainissement de la ville. Grâce au processus de photosynthèse, les microalgues assainissent l’air ambiant en captant les particules fines de CO2 et de NO2. Ce procédé contribue à la multiplication constante des algues, qui évoluent ensuite jusqu’à la station d’épuration de la ville, dans laquelle est traitée la biomasse. Celle-ci est transformée en énergie verte ou biométhane pour alimenter le réseau de gaz en ville : un cercle énergétique vertueux qui a sans aucun doute sa place dans la ville du futur.

Notons que les procédés actuels semblent trouver leurs limites dans leurs coûts élevés, empêchant de traduire cette transformation positive à grande échelle. Toutefois, certaines études, comme celle publiée au 26 juillet 2019 à l’initiative de chercheurs parisiens et canadiens démontrent qu’il serait possible de transformer le CO2 à grande échelle à l’aide de matériaux simples et abordables comme l’eau et le cobalt. Si la ville du futur intégrait effectivement cette technologie, cela permettrait de répondre très concrètement aux enjeux de la crise climatique actuelle et d’assurer une qualité de vie optimale aux habitants des villes.

Même si c’est central, la ville du futur, c’est bien plus qu’une question d’autosuffisance alimentaire et énergétique. Il s’agit de bâtir une ville sûre et accessible, intelligente, centrée sur l’humain tout en préservant au maximum la nature. Des enjeux forts et des contraintes réelles seront à prendre en compte, un travail d’ampleur nous reste à accomplir. Nous semblons heureusement être sur la bonne voie.

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