Ville résiliente, la smart city de demain

Pour beaucoup, la résilience urbaine est une condition nécessaire à la durabilité. Et pour cause ! Il s’agit pour les territoires d’apprendre à faire face à l’incertitude de situations complexes, à s’adapter aux éléments afin de surmonter les catastrophes naturelles, les situations économiques, sociales ou encore pandémiques désastreuses qui peuvent avoir lieu. Comprendre, se protéger et anticiper pour conserver à tout prix un équilibre urbain fiable : c’est tout l’enjeu de la ville résiliente, de la ville durable. Ci-dessous, quelques explications.

resilience urbaine

Comment se caractérise la résilience urbaine ?

Qu’il s’agisse de catastrophes brutales et imprévues ou bien de crises plus profondes et plus durables, le territoire urbain doit apprendre à faire face. Deux notions sont intimement liées à celle de résilience urbaine : l’adaptation et la récupération. Autrement dit, il ne s’agit pas d’être sans failles, mais de comprendre ses failles, pour pouvoir permettre à la ville de résister en cas de problème structurel et de rapidement récupérer.

Dans un contexte d’accélération de la crise climatique, la plupart des catastrophes actuelles sont d’origine naturelles. Aussi, on peut parler de « résilience urbaine écologique ». Pour Holling, ce concept se définit comme suit “quantité de désordres qu’un écosystème urbain peut absorber tout en conservant ses fonctions”.

Ceci étant dit, résister en matière d’énergie, de nourriture, de transports ou encore de santé est loin d’être aisé. Une approche transdisciplinaire doit être envisagée et des moyens mis à disposition. Or, cela représente un coût non négligeable !

Résilience urbaine : il y a urgence !

A l’heure actuelle, il est presque utopique d’envisager qu’une ville puisse être 100% résiliente. Ce que l’on recherche avant tout, c’est plutôt d’augmenter le potentiel de résistance de ces villes, de réduire les coûts liés aux catastrophes qu’elles subissent.

Selon le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes, ces catastrophes ont un coût, qui a d’ailleurs été multiplié par 6ces dernières décennies. Selon les Nations Unies également, on a enregistré 335 catastrophes naturelles liées au climat entre 2005 et 2015, le double par rapport à la période 1985-1994. Ces constats induisent une réalité plutôt sombre, notamment pour les gouvernements touchés par des restrictions budgétaires importantes et qui ne peuvent pas forcément faire face aux conséquences desdites catastrophes sur leur pays et leurs populations. Ces pays en voie d’émergence sont d’ailleurs bien souvent les plus exposés à ces catastrophes naturelles et d’ordres économiques (infrastructures vieillissantes, plus grande vulnérabilité de l’habitat…).

Pour les autres gouvernements, plus prospères, la question de la résilience n’est pas pour autant à prendre à la légère, notamment pendant cette période où les dégâts environnementaux s’accélèrent.

resilience comment faire

Mais comment financer cette résilience ?

Il faut non seulement avoir la possibilité d’en avancer les moyens mais également celle d’en justifier les dépenses, dans un contexte où – à première vue – ce financement n’est déterminant ni en termes politique ni en termes économique. Engager une enveloppe conséquente sur des bienfaits à long terme est souvent difficile à faire entendre, là où des problématiques sociétales et économiques très concrètes touchent les populations. C’est bien là toute la difficulté.

Accompagner la volonté de changement des gouvernements : le rôle des « obligations de résilience »

Les obligations de résilience fonctionnent sur un principe similaire à celui du contrat d’assurance-vie. Ici, des primes d’assurance sont associées à des projets de résilience urbaine. En cas de catastrophe, l’écart financier entre les pertes estimées avec ou sans la présence du projet de résilience sont mesurées. Le sponsor à l’origine de l’action reçoit alors très rapidement une somme d’argent. Cela suppose bien entendu la mise en place d’un réseau d’acteurs : sociétés d’ingénierie, acteurs locaux et nationaux, assureurs…

Mais un dispositif revêt énormément d’avantages ! Celui de donner de la visibilité aux efforts accomplis notamment, de légitimer les ressources employées. Ce faisant, on améliore considérablement la volonté / capacité à lever des fonds pour des projets de résilience urbaine.

Enfin plus concrètement, l’obligation de résilience permet une reconstruction post-catastrophe beaucoup plus efficiente. Les sinistres évités se transforment en fonds : une sorte de carotte pour les collectivités mais également permettant aux citoyens une prise de conscience en ce qui concerne les efforts menés au niveau local / national.

Quelle voie vers la résilience urbaine ?

Les contours de la résilience urbaine ne sont pas faciles à dessiner, notamment parce que ce concept implique une prise de décisions au niveau national comme local et dans une multitude de secteurs d’activités : construction, énergie, habitat… Parmi les objectifs à atteindre, celui de bâtir une ville au fonctionnement flexible, ouverte aux nouvelles évolutions et au changement. Une ville qui dispose des moyens financiers, économiques, décisionnels pour gérer au mieux les situations extrêmes qui la concernent.

resilience urbaine

Pour se lancer dans une stratégie de résilience urbaine, il faudra avant tout pour les gouvernements, réussir à traduire cette résilience sous forme d’indicateurs mesurables : la première étape pour mettre en place des actions concrètes d’amélioration. Différentes méthodes, outils, à diverses échelles de la ville pourront alors être utilisés. Fréquemment, les voies d’action tournent autour de :

  • La mise en commun et l’accès développé à la donnée urbaine, tous secteurs confondus (consommation énergétique, état des réseaux d’eau, de chaleur…). Cette donnée sert à anticiper le changement, à mieux le préparer.
  • Le développement des réseaux intelligents – ou smart grids. Un fonctionnement connecté permet à ceux-ci d’informer les acteurs de l’énergie et les collectivités sur les besoins des populations et des villes mais également de constater très rapidement un problème, d’identifier son origine et de le traiter de façon plus efficiente.

Prenons le contre-exemple des pays émergents. La vétusté des réseaux d’énergie peut y devenir source d’aggravation des catastrophes. Pourquoi ? Parce qu’un problème intervenant sur le réseau est ici plus long à identifier, à traiter et donc plus coûteux. Il peut même devenir source d’une réaction en chaîne néfaste suite à ladite catastrophe, s’il n’est pas traité rapidement. Développer la présence des réseaux intelligents permet d’atteindre un niveau supplémentaire de résilience urbaine et de palier à ce cas de figure.

  • Le développement de la production de ressources locales et renouvelables. L’objectif est de réduire la dépendance entre la ville et les autres entités urbaines mais également au sein de la ville en elle-même. Développer l’agriculture urbaine, préserver les espaces de culture attenants, inciter à la consommation en circuit court… Autant d’actions qui peuvent avoir un impact significatif en matière de résilience urbaine.
  • La formation des populations et des acteurs de la chaîne aux risques liées aux catastrophes.

Résilience urbaine : mieux vaut prévenir que guérir

Affirmer sa résilience urbaine, ce n’est pas seulement apprendre à gérer la crise, mais aussi savoir prévenir le risque de catastrophes. Le réchauffement climatique notamment, est à l’origine d’une grande partie d’entre elles et les villes ont un rôle à jouer, notamment parce qu’il s’agit de véritables « îlots de chaleur » dans lesquels un microclimat accentue les effets de canicule. Comment lutter contre ces îlots de chaleur dans un but de préservation environnementale ? Quelques pistes :

  • Miser sur la végétalisation urbaine (un parc aurait la capacité de réduire de 1,5°C la température extérieure, par exemple). A Toronto, la ville a rendu obligatoire l’implémentation de toitures végétalisées sur les nouvelles constructions !
  • Utiliser en priorité des matériaux biosourcés plus respectueux de l’environnement et privilégier les couleurs claires… Le granit par exemple, a la capacité de stocker beaucoup moins de chaleur que l’asphalte et est donc à privilégier en ville.
  • Arroser les chaussées par temps chaud. Une expérimentation a été menée quartier de la Buire à Lyon en 2012 à ce sujet. L’objectif : diminuer l’emmagasinage de chaleur en ville par temps chaud.
  • Développer les réseaux de froid de la ville comme alternative au climatiseur individuel, afin de réduire les émissions de CO2, la consommation d’eau et de produits chimiques associée. Des réseaux souterrains se chargent ici de fournir aux bâtiments l’eau glacée nécessaire à leur climatisation.

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